Saint Maime  :

C'est un petit village, posé sur une hauteur, situé dans la vallée du Largue près de Forcalquier et encore plus près de Mane. Son nom viendrait de Sanctus Maximus, évêque de Riez.

Le territoire était possession des comtes de Forcalquier puis des comtes de Provence. Un des principaux titres de gloire du bourg fut d'avoir accueilli les quatre filles de Raimond Bérenger V, comte de ces lieux qui toutes les quatre furent reine : Marguerite épousa St. Louis (Louis IX), Eléonore fut mariée avec Henri III d'Angleterre, Sancie devint reine des Romains par son mariage avec Richard de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre et Béatrice fut reine de Sicile et de Naples en épousant (1246) Charles I d'Anjou (frère de St. Louis) après le décès de son père (1245), voici pour l'histoire mais la légende dit que Raimond Bérenger V y aurait fait élever ses filles ; il est beaucoup plus vraisemblable qu'elles n'y ont jamais mis les pieds. Voici ce qu'en dit Jean-Yves Royer dans son livre « Forcalquier. »

A dire vrai on associe souvent ces quatre dames non pas à Forcalquier véritablement, mais à Saint-Maime et à son ch â teau, où on les fait tantôt naître, tantôt se marier, voire les deux à la fois. Sur quelle base historique reposent ces affirmations? Sur rien : le château de Saint-Maime n'appartenait nullement à Raimon Berenguier, les comtes de Forcalquier en ayant fait don en 1168 aux Hospitaliers. Les seigneurs locaux avaient pu ensuite remettre plus ou moins la main dessus (Bertran et Laugier de Saint-Maime y sont coseigneurs en 1217), avant que la communauté elle-même n'en dispose, pour laisser finalement la place à la maison d'Agoult au XIV 0 siècle. Quant aux mariages des filles Berenguier, on soit parfaitement où ils ont eu lieu : à Sens, à Canterbury, à Aix et à Lyon. Alors pourquoi Saint-Maime? La raison ne manque pas de piquant.

Il y avait autrefois au confluent de la Laye et du Largue, au-dessous de Saint-Maime, un quartier qu'on appelait La Cour. Le sens d'un tel toponyme, très banal en Provence, ne pose aucun problème: en campagne, le mot de cour d é signait un enclos à moutons. Mais ignorant ce fait, un érudit local du siècle dernier s'imagina qu'il s'agissait de quelque cour seigneuriale et, se demandant laquelle on pourrait situer en ce lieu, songea tout naturellement à celle de Raimon Berenguier, seul prince un tant soit peu connu dont la présence soit attestée pas trop loin. Et voilà comment D.J.M. Henry en vint à écrire en 1818, dans ses Recherches sur la géographie ancienne et les antiquités du département des Basses-Alpes, le passage suivant :

"Le village de St. Mayme, bâti sur une éminence vis-à-vis de celui de Dauphin, possédait, sous les Comtes de Forcalquier, un vaste château dont il ne reste plus qu'une tour en ruine. La tradition conserve le souvenir de quatre Princesses qui y furent élevées, et qui épousèrent quatre Souverains (Les rois de France, d'Angleterre et d'Aragon -sic- et le roi de Naples, Charles 1 ° , frère de St. Louis ; elles étaient filles de Raymond Béranger.) Une partie du terrain qui avoisine ces ruines, retient encore les noms de jardin de la cour, vigne de la cour, pré de la cour." Ses successeurs se contentèrent d'abord de recopier ces lignes mot à mot, puis se mirent à broder là dessus, et on en arriva à multiplier naissances et mariages royaux dans une tour et une chapelle qui, assurément, n'en demandaient pas tant. Dans cette affaire, on a donc confondu bêtes à laine et têtes couronnées. Cela dit nous sommes ici tout près du château de Sauvan, "le petitTrianon de la Provence ". Et si autour du Trianon versaillais, une reine jouait à la bergère, auprès du provençal les brebis peuvent bien jouer aux reines...

Quant au château, là où le comte de Provence aurait fait élevé ses filles, il ne reste que des ruines de la base de ses murs et une tour polygonale, que l'on pense être le donjon. Au cours des guerres de religion, il fut occupé par un ligueur, le capitaine Vernet qui apporta, avec ses troupes, la désolation dans le pays ; surtout qu'en face, le village de Dauphin était inféodé au roi de France ; voisinage qui donna naissance à un dicton local : « San Maime e Dauphin dansoun dou meme tambourin ».

Au XIV° s., le pays dépendait de la vicomté de Reillanne et était propriété de la famille Agoult puis au XVI° s., on le retrouve dans le giron du marquisat d'Oraison. En 16554, le pays de St. Maime, avec Dauphin, devint une baronnie au profit d'Antoine d'Albertas que le roi, ainsi, récompensait ainsi pour services rendus à la couronne. Puis le bourg se nomma « Mont Libre » à la Révolution.

Tout proche du château et dominant le village se trouve la chapelle Sainte Agathe, vierge et martyre, qui dut être édifiée au XII° s., elle est petite mais haute, plus élevée que ce qu'on a l'habitude de voir ; elle semble lui être contemporaine, les pierres qui la constitue sont les mêmes que celles du donjon. Son abside fut presque entièrement décorée de fresques comme le laisse supposer les traces qu'on a pu relever.

Une lointaine tradition situe entre St. Maime et Dauphin, au lieu dit « les Encontres » (ferme fortifiée de l'époque de François I, sur l'ancienne route de Mane) une bataille entre Romains et Celtes (j'ai failli écrire « Gaulois ») ; en 1793, un agriculteur retournant son champ découvrit 1500 squelettes et leurs armes.

Son sous-sol est riche en gypse, lignite surtout, potasse et schiste bitumeux, il fut à l'origine d'une exploitation industrielle qui donna naissance à la fin du XIX° s. à une cité minière au sud du village dont on peut voir encore des pavillons ; un musée de la mine explique cette époque ; toute activité cessa en 1949.

Il reste à parler des diamants de St. Maime. On les trouve sur une colline en face du village, Eugène Plauchud en fit un livre : « Lou diamant de St. Maime » qui met en scène une cour d'amour à l'époque moyen âgeuse. Là, on peut ramasser des petits cristaux de quartz qui ressemblent étrangement aux bijoux faits par ces pierres précieuses. Ils étaient à la mode à la cour de Louis XIV, dit Patrick Ollivier-Elliot dans son livre : « Pays de Lure, Forcalquier, Manosque et de Jean Giono » Edisud, 2000. Bouyala d'Arnaud quant à lui parle dans son livre « Histoires de la Provence  » 1965, du maréchal du Muy qui était comte de saint Maime et se montra un jour, à la cour de Louis XVI, habillé de pied en cap d'un vêtement parsemé de ce que l'on croyait être des diamants et qui, en fait, n'était que du quartz habilement taillé.

Dernière précision, en 1924, une monographie, que je ne possède malheureusement pas, fut consacrée à ce village.

 

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